Ouverture de la semaine de la démocratie

Comprendre l’exclusion et faire vivre la démocratie à l’école

À l’occasion de l’ouverture de la 5e Semaine de la démocratie et de la citoyenneté, ce lundi 26 octobre 2026, Éric Verdier, psychologue communautaire et chercheur au sein du pôle Discriminations, Violence et Santé du Mouvement d’Action Sociale (MAS), en France, a animé une conférence intitulée « Et si votre communauté scolaire était la réponse au harcèlement ? Du groupe qui abîme à la communauté qui répare ».

Au-delà du harcèlement, son intervention a invité les participants à porter un autre regard sur le phénomène du bouc émissaire et à interroger les dynamiques collectives qui conduisent à l’exclusion, mais aussi les comportements qui contribuent à la maintenir.

Une démocratie qui se construit ensemble

En ouverture de la journée, Armanda Hamtiaux, directrice du CePAS, a rappelé l’importance de l’engagement des jeunes dans la vie scolaire. Leur expérience des relations entre élèves leur permet parfois de percevoir des situations qui échappent aux adultes. Leur voix compte, notamment lorsqu’il s’agit de signaler une difficulté ou de solliciter de l’aide.

Cette responsabilité ne repose toutefois pas sur les jeunes seuls. Les adultes et les professionnels ont également un rôle essentiel à jouer : écouter, accompagner et créer les conditions pour que chacun puisse se sentir respecté et prendre part à la vie collective.

Une école démocratique n'est pas une école où tout le monde pense la même chose. C'est une école où l'on peut être différent sans être exclu, où chacun peut faire entendre sa voix et où chacun a sa place.

Cette réflexion est au cœur du thème choisi pour l’ouverture de la Semaine de la démocratie et de la citoyenneté : comprendre le phénomène du bouc émissaire pour mieux prévenir les mécanismes d’exclusion.

Le bouc émissaire : quand le groupe désigne une cible

À travers des vidéos et des mises en réflexion, Éric Verdier a proposé de dépasser une lecture du bouc émissaire limitée au harcèlement. Ce phénomène révèle aussi des normes, des rapports de pouvoir et des dynamiques collectives qui façonnent les relations au sein d’un groupe.

La personne désignée comme bouc émissaire se retrouve rejetée parce qu’elle est perçue comme ne correspondant pas aux attentes du groupe. Ce rejet ne porte alors plus seulement sur certains comportements : il atteint la personne dans son identité, sa singularité et son sentiment d’appartenance. Face à cette situation, elle peut se sentir démunie, ne plus savoir comment réagir et finir par se soumettre.

Le regard porté sur la victime peut également aggraver la situation, lorsqu’on lui reproche de ne pas faire ce qu’il faudrait pour être acceptée. La responsabilité de l’exclusion semble alors lui incomber, plutôt que d’être interrogée du côté du groupe.

Pour comprendre et prévenir ces situations, il est donc nécessaire de regarder au-delà de la personne ciblée et de questionner le fonctionnement collectif.

Le triangle de l’abus : trois postures à questionner

L’intervention s’est notamment appuyée sur le triangle de l’abus, un modèle qui invite chacun à réfléchir à la posture qu’il peut adopter face à une situation d’exclusion.

La posture du bouc émissaire correspond à la personne désignée et rejetée par le groupe, qui peut se retrouver dans une situation de soumission et d’impuissance.

La posture normopathe, telle que présentée par Éric Verdier, renvoie aux personnes qui se conforment aux normes du groupe, même lorsque celles-ci alimentent l’exclusion. Cette posture peut prendre plusieurs formes : la complicité, lorsqu’on rit ou participe aux comportements ; la fuite, lorsqu’on détourne le regard ; ou l’impuissance, lorsqu’on n’intervient pas, par peur des conséquences ou parce qu’on ne sait pas comment agir.

La posture perverse consiste, dans ce modèle, à utiliser les normes et les rapports de pouvoir pour exercer une emprise tout en évitant d’être identifié comme responsable. Elle peut notamment se manifester par des comportements manipulateurs ou intimidants.

Ces postures ne sont pas nécessairement figées. Selon les situations, chacun peut être amené à adopter des attitudes différentes. La peur joue un rôle important dans ces mécanismes et peut empêcher de réagir ou de remettre en question le fonctionnement du groupe.

Agir sur le groupe pour prévenir l’exclusion

Protéger la victime est une priorité. Mais intervenir uniquement auprès de la personne ciblée ne suffit pas si les dynamiques collectives restent inchangées. Sans remise en question des normes qui favorisent le rejet, le phénomène risque de se reproduire.

Pour lutter durablement contre l’exclusion, il faut protéger la victime, mais aussi questionner les normes du groupe qui rendent cette exclusion possible. 

L’enjeu consiste à rendre visibles les règles implicites, à interroger les comportements considérés comme normaux et à faire évoluer les réactions du groupe face à l’exclusion. Cela suppose de ne pas céder aux normes qui blessent et de permettre à chacun de participer à la vie collective sans craindre d’être rejeté.

L’approche communautaire défendue par Éric Verdier invite ainsi à dépasser la seule opposition entre victime et auteur pour mobiliser le collectif et transformer les conditions qui rendent l’exclusion possible.

Retrouver le plaisir de vivre ensemble

La prévention du harcèlement et des violences ne repose pas uniquement sur les individus. Elle implique également un travail collectif sur les relations, les normes et la place accordée à chacun.

Cette approche rejoint les objectifs de la Semaine de la démocratie et de la citoyenneté : faire de l’école un espace où les jeunes peuvent s’exprimer, participer et être reconnus dans leurs différences.

Faire vivre la démocratie, c’est aussi apprendre à questionner les mécanismes d’exclusion, à prendre ses responsabilités et à construire des relations fondées sur le respect et le sentiment d’appartenance.

Au-delà de la conférence, les établissements participant au dispositif Bientraitance mis en place par le CePAS seront invités à poursuivre cette réflexion et à traduire les enseignements de la journée en actions concrètes, afin de prévenir l’exclusion et de renforcer une culture scolaire fondée sur le respect, l’inclusion et le bien-être de chacun.

 

Eric Verdier est coauteur de Violence et justice restaurative à l'école et  Mettre en œuvre la justice restaurative en milieu éducatif avec Max Tchung-Ming (aux éditions Dunod). Il est également concepteur du dispositif "Sentinelles et Référents"®.